CULTURELLEMENT PARLANT

Les châteaux de sable – Olivier Jahan

mars 2, 2016

Voila deux mois que je voyage, que je n’ai donc regardé aucun film. Je dois avouer que ça devient assez frustrant.. Il faut s’avoir qu’en général lors de nos lonnnnnnng trajets en bus on a le droit aux James Bond et compagnie, aux gros bras qui roulent des mécaniques avec un accent horrible et à une bonne dose de testostérone qui crie et saute dans tous les sens… rien qui ne me fasse trop rêver et qui puisse m’apporter ma dose de cinéma nécessaire. Donc quand nous nous sommes rendues compte qu’une association appelée Alliance Française diffusait des films français une fois par semaine à Sucre en Bolivie où nous nous trouvions, nous avons sauté sur l’occasion.Normalement c’est plutôt destiné aux jeunes Boliviens qui prennent des cours de français mais ça dépanne les voyageurs en mal du pays ou du cinéma de leur pays du moins ! On flâne, on flâne, la projection est dans 10 min, on se mets donc à courir entre les étales boliviennes de bijoux, de tissus, de souvenirs, à toute allure pour ne pas manquer le début. On y est ! Ce soir c’est le film « Les châteaux de sables », réalisé par Olivier Jahan et sorti en 2015 qui est projeté. J’ai un bon pressentiment…

// Synopsis //

Éléonore, jouée par Emma de Caunes, est une jeune femme de 30 ans, photographe bobo vivant à Paris. A la mort de son père (Jean Chamfort) qui était son roc, son seul repère, elle doit gérer la vente de la maison qu’il lui a légué dans les Côtes d’Armor. Elle fait appel à son ancien compagnon Samuel (Yannick Renier) pour l’accompagner dans cette épreuve et l’emmener en Bretagne. Ensemble ils ont connu l’amour, le vrai, passionnel, complice, mais ils se sont séparés suite à l’aventure d’Éléonore avec un musicien. Elle, ne s’est jamais remise de leur rupture, lui, ne lui a jamais pardonné. Il a refait sa vie avec Claire, une jeune femme simple, sans histoire où l’avenir semble plus tranquille et surtout moins douloureux. Le temps d’un week-end, ils vont se retrouver, rencontrer Claire Andrieux (Jeanne Rosa), l’agent immobilier en charge de vendre la maison. Le week-end qu’ils s’apprêtent à vivre s’annonce riche en émotions, souvenirs et tensions.
Les châteaux de sables c’est aussi fragile que facile à reconstruire. La vie d’Éléonore s’est construit, puis s’est déconstruit avec tout d’abord la séparation avec Samuel puis la mort de son père. L’histoire est assez ordinaire, mais joliment déroulée.

La mort comme déclencheur

La mort d’un père, d’un pilier, d’un roc pour une jeune femme qui refuse de grandir, de se lancer et qui a horriblement peur de l’avenir. Laisser partir une maison remplie de souvenir, laisser partir une deuxième fois son père en vendant ce qu’il reste de lui. Je déteste ce que je ressens face à ces scènes, ces sentiments tristes ressentis par les personnages toujours confronté à un choix draconien : vendre ou ne pas vendre, laisser partir les souvenirs, ou s’y accrocher ?

L’amour toujours

La vision de l’amour et du couple m’a assez plu dans ce film. La comparaison entre le couple formé par Samuel et Éléonore : complice, fou, imprévisible, passionnel, évident et celui formé par Samuel et Laure : rationnel, simple, rassurant, prévisible et presque ennuyant. (vous l’aurez compris je n’ai pas beaucoup aimé le personnage de Laure ^^) Samuel explique a un moment donné du film qu’au delà de leurs personnalités opposées, ce qui différencie sa relation avec Éléonore et celle qu’il entretien avec Laure c’est la façon dont Éléonore s’endort contre lui, contre sa peau la nuit. Elle n’a pas besoin de se retourner et de s’éloigner de lui comme le fait Laure pour trouver le sommeil, elle trouve le sommeil près de lui.

« C’est très compliqué de dormir avec quelqu’un. Pour choisir un mari ou une femme, ce devrait-être le seul critère de jugement. Quelqu’un avec qui tu arrives à bien dormir, dont le corps s’emboîte parfaitement avec le tien, il faut l’épouser sur le champ. Le reste finalement, c’est assez superflu. » Hammam

J’ai trouvé l’importance de ce détail, qui n’en ai peut-être pas vraiment un, très joliment expliqué et assez réaliste. A quoi bon passer sa vie avec quelqu’un contre qui on n’est pas capable de s’endormir dans le creux de la nuque en respirant son odeur ?

La complicité

La complicité est au cœur du film, complicité père-fille irremplaçable, complicité de deux amoureux passés qui ont gardés des habitudes, des attentions l’un envers l’autre et complicité spontanée d’une étrangère envers un couple qui n’en ai plus vraiment un. C’est troublant de voir comme la complicité lient les êtres entre eux, comment ils les rapprochent en un instant et ce même si la vie les séparent.

les chateaux de sable pere et fille fim

La photographie, une place de choix dans le film

Si j’ai autant aimé ce film c’est aussi pour la place importante de la photographie dans le film, une passion que partageait père et fille. J’adore la photo et ne me lasse jamais de contempler de jolis clichés, surtout quand ils sont tirés d’un appareil argentique noir et blanc (merci leica!) Les plans du film sont entrecoupés de sublimes photographies. Voici quelques unes que j’ai réussi à retrouver. Ma favorite est sans hésitation celle du portrait de Samuel entourée de sa fumée de cigarette…

les chateaux de sables photo père photographie les chateaux de sable

photo leica les chateaux de sable photographie samuel les chateaux de sable

Entre théâtre et cinéma

La narration et les descriptions sont tellement importantes dans le film que parfois l’on se croit au théâtre. D’abord car le jeu des acteurs ou devrais-je dire des comédiens (n’est-ce pas Flavie?) est remarquables mais aussi car au cours du film ils nous interpellent. Seul, face caméra, on se plonge dans leur regard où ils se plongent tour à tour dans le notre pour nous parler d’eux, de leur vie, du passé, de leurs choix et de leurs émotions. C’est assez poignant et saisissant. Plus le film se déroule, plus nous apprenons à les connaître et comprenons le présent. Le trio d’acteurs fonctionne à merveille, Jeanne Rosa qui incarne l’agent immobilier joue à merveille et nous donne aussi bien envie de rire comme de pleurer.

Une BO qui donne des frissons

Les musiques du film sont simplement superbes, Patrick Watson pose la voix folk sur des sons doux, mélodieux qui accompagnent parfaitement le film. Depuis que j’ai vu le film j’écoute sans arrêt sa musique. Je vous recommande The Great Escape pour commencer :

Ce qui frappe le plus, c’est le réalisme des rapports humains dans le film, la beauté des personnages tous rongés par des regrets, des doutes que l’on traverse, des questions qui nous suivent, des colères qui nous habitent, des sentiments inavoués ou parfois oubliés. Ajoutez à ça la beauté des paysages bretons hivernaux, des photographies poignantes mais aussi des flash-back bien menés et une voix-off intriguante qui vous transporte et vous émeut. Vous obtenez un très beau film, presque un film de famille..

Infos sur l’alliance française :

/// Adresse Sucre – Aniceto Arce No 35, Sucre, Bolivie

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